Le chant de la cigale : maestro stridulant des étés ensoleillés

Portrait d’un soliste à six pattes

Si le soleil avait une bande-son, elle serait interprétée par la cigale. Sous son nom scientifique Cicadidae, cette star du sud nous offre chaque été un concert gratuit, quoique légèrement répétitif pour certains. Injustement confondue avec la sauterelle (qu’elle regarde de haut depuis la branche d’un olivier), la cigale est un insecte unique en son genre, à la fois discrète dans son mode de vie et tonitruante dans ses vocalises.

Catégorie : Insectes — et fière de l’être

La cigale fait partie du vaste et fascinant monde des insectes, ce club très sélect qui représente environ 80 % des espèces animales connues sur Terre. Avec ses grandes ailes transparentes, ses yeux globuleux et son appareil stridulatoire bluffant d’ingéniosité, la cigale coche toutes les cases de l’insecte accompli. Elle appartient à l’ordre des Hémiptères, un groupe d’insectes suceurs très diversifiés, cousins plus ou moins lointains des pucerons… personne n’est parfait.

Continent : 51 (oui, la cigale a la bougeotte)

Contrairement à la croyance populaire selon laquelle les cigales seraient exclusivement méditerranéennes, ces petites virtuoses sont présentes sur les cinq continents, à l’exception de l’Antarctique (les patins à glace, très peu pour elles). On dénombre environ 3000 espèces de cigales dans le monde, dont certaines font résonner leurs chants jusqu’en Asie du Sud-Est, en Afrique ou encore en Amérique du Nord, où vit la célèbre cigale périodique.

Taille : Monde (quand le stridulant s’entend jusqu’à l’autre bout du globe)

Ce n’est pas leur taille corporelle – entre 2 et 7 centimètres selon les espèces – mais leur présence sonore et symbolique qui donne aux cigales cette stature mondiale. Leur chant peut atteindre 100 décibels, ce qui est presque aussi fort qu’une tondeuse à gazon… mais nettement plus poétique. On les trouve un peu partout autour du globe, et leur présence est souvent synonyme de chaleur, de farniente et de vacances (ou de siestes contrariées… selon le point de vue).

Longévité : 1 à 2 mètres (oups… une coquille sur les unités)

Petite mise au point : la longévité d’un animal se mesure généralement en unités de temps, pas de distance. À moins bien sûr que la cigale n’ait troqué le chronomètre pour une règle graduée. En réalité, la cigale vit entre 5 et 10 ans, mais – plot twist – elle passe l’immense majorité de sa vie sous terre, sous forme de larve, grignotant les racines des plantes. Ce n’est que sur la fin de son cycle de vie qu’elle émerge en surface, se transforme, et pousse la chansonnette… pendant quelques semaines seulement.

Statut IUCN : 5 à 10 ans (encore une fois, pas tout à fait au bon endroit, mais on y arrive)

Le *statut IUCN*, qui classe les espèces en fonction de leur risque d’extinction, attribue à la cigale… rien du tout. En effet, la majorité des espèces de cigales n’a tout simplement pas été évaluée à ce jour. Même les scientifiques semblent trop absorbés par leur chant pour s’en inquiéter. Cela dit, certaines espèces rares ou endémiques pourraient bien être menacées par l’agriculture intensive, l’urbanisation et les changements climatiques.

Anecdote : Non évalué (encore ?!)

Mais cette mention cachait peut-être une anecdote passionnante. En voici une pour redorer le blason de cette section : la cigale ne frotte pas ses ailes pour faire du bruit, contrairement à ce que l’on pense souvent. Elle possède un organe bien particulier appelé « tymbal », formé de membranes que l’insecte fait vibrer rapidement grâce à des muscles puissants. C’est un peu comme une batterie de rock miniature intégrée dans son abdomen. Et ce ne sont que les mâles qui chantent ! Les femelles, quant à elles, jugent et sélectionnent à la clef de sol près.

Le chant qui fait couler de l’encre

Le chant de la cigale est loin d’être une simple mélodie d’ambiance estivale. C’est un cri d’amour, un appel désespéré pour séduire une partenaire… tout en repoussant les concurrents. Chaque espèce produit une stridulation spécifique, un peu comme une application de rencontres mais avec un micro intégré. Le mâle se poste souvent sur un tronc ou une branche visible, et donne de la voix de l’aube au crépuscule, jusqu’à ce que l’amour (ou l’épuisement) mette fin à l’opus.

Et pour les espèces dites périodiques, comme aux États-Unis, c’est un vrai événement : certaines cigales émergent toutes en même temps une fois tous les 13 ou 17 ans, synchronisées comme une horloge biologique collective impressionnante. Une stratégie anti-prédateur redoutable, car quand tout le monde sort en même temps, les estomacs des prédateurs atteignent vite saturation.

De l’ombre à la lumière : la métamorphose

Durant les longues années passées sous terre, la cigale vit sa vie de larve discrète, se déplaçant lentement dans les galeries qu’elle creuse, et se nourrissant de sève. Puis, au moment favorable, elle grimpe sur un support, et là, magie de la nature : elle mue. Sa carapace s’ouvre, et l’adulte ailé émerge, prêt à vivre quelques semaines de liberté sous le soleil, en fanfare. Cette transformation spectaculaire est un spectacle prisé des naturalistes, et un vrai défi pour les jardiniers curieux qui tombent nez à nez avec une exuvie (enveloppe vide) accrochée à un rosier.

Une poésie en carapace

La cigale, c’est aussi un être de culture. De la fable de La Fontaine (« Vous chantiez ? j’en suis fort aise ! ») à la figure emblématique du Midi de la France, elle incarne une certaine idée du plaisir simple, de la chaleur, du lâcher-prise – et parfois de la procrastination joyeuse. Alors certes, son planning n’est pas des plus efficaces : vivre presque une décennie sous terre pour quelques semaines d’opéra ? Mais qui a dit que la vie devait être rentable pour être belle ?

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